02 – La méditation au secours de l’écriture

Combien de fois as-tu débuté ta journée en te disant : « aujourd’hui, c’est décidé, je vais écrire » ? Et combien de fois es-tu arrivé.e au bout de cette journée, sans avoir écrit un seul mot ?

Quelquefois ? Souvent, très souvent ? Combien de fois t’es-tu assis. e devant ton support d’écriture avec la ferme intention d’écrire et… combien de fois as-tu trouvé quelque chose de plus intéressant, ou important à faire plutôt que d’écrire ? Peut-être t’es tu déjà demandé. e pourquoi cela se produisait et comment y remédier ? Cela tombe bien, nous allons en parler aujourd’hui. 

Avant de commencer, je souhaite clarifier quelque chose. Tout ce que je vais dire dans cet épisode se base sur mon expérience personnelle. Ce qui veut dire que si tu penses différemment, si tu as une expérience différente de la mienne ou a pu lire des articles présentant les choses différemment, c’est possible, et c’est OK. Sois à l’aise avec l’idée de ne pas être d’accord avec ce je dirai dans cet épisode et à me partager ta propre expérience sur Instagram via mon pseudonyme mahunapoesie ou de m’envoyer un mail à l’adresse contact@mahunapoesie.com.  

Cela étant dit, revenons donc au sujet du jour : l’écriture et la méditation

Lorsque j’étais petite, j’idéalisais la vie d’écrivain. e. J’avais lu des romans, vu des films, ou des séries glorifiant un peu, voire beaucoup le quotidien de l’écrivain en le présentant avec beaucoup de romantisme. Du glamour et des paillettes, c’est ce à quoi l’écriture était associée dans mon esprit naïf. Je me suis rapidement rendue compte de mon erreur… de la sueur et de la souffrance, seraient plutôt les qualificatifs les plus appropriés pour décrire le processus d’écriture et la vie d’écrivain. e, voire même celle d’auteur. e. Il faut l’admettre le plus tôt possible et en avoir conscience : écrire, c’est dur. Horriblement dur. Quelle que soit la raison pour laquelle on écrit, quel que soit le métier que l’on exerce dans lequel l’écriture est impliquée, l’acte, d’écrire est la plupart du temps difficile. Gratifiant lorsqu’on a fini, mais horriblement dur en attendant. 

Et notre cerveau déteste, exècre ce qui est difficile. Nous sommes humains. Nous ne sommes pas faits pour faire des choses difficiles. 

Notre cerveau nous protège de la douleur, de la souffrance et de toute chose qui serait en opposition à notre survie ou au plaisir. On pourrait penser qu’il suffirait d’être motivé. e, discipliné. e ou avoir de la volonté pour écrire pour y parvenir. C’est faux et archifaux. Ces trois éléments sont des variables, incertaines, donc, modulables. Notre motivation peut varier à tout moment. Quant à notre autodiscipline, elle est soumise à énormément de tentations dans notre monde moderne. On pourrait croire qu’il suffirait de nous enfermer dans une pièce, sans téléphone, sans rien accrocher au mur, sans bruit avec, simplement, une feuille et un stylo et qu’ainsi, nous n’aurions pas d’autres choix que d’écrire puisqu’il n’y aurait rien d’autre à faire. C’est faux. 

Est-ce que tu connais le principe des retraites ou sanctuaires d’écriture ? 

Cela s’apparente un peu à ce que je viens de décrire, mais avec plus de confort tout de même. L’idée est de se rendre dans un endroit avec le moins de distractions possible, entouré.e d’autres écrivains avec qui échanger entre deux sessions d’écriture et de dédier son séjour au fait d’écrire. J’ai déjà échangé avec des écrivains ayant tenté ce type d’expériences et qui les ont vu se solder par un échec. Ils avaient passé dix jours dans cette retraite et n’avaient pas écrit un seul mot. Pas un seul. 

Je l’ai aussi constaté de mon côté. Un jour je me suis amusée — enfin si on peut qualifier ça d’amusement — à tout couper, téléphone, internet, mettre des boules quies, préparer mes repas en amont. Bref, j’avais fait en sorte que rien ne puisse me distraire. Je m’étais préparée et mise dans les meilleures conditions possibles pour écrire et pourtant, je n’ai pas écrit. 

 
Comment cela est-il possible ? Pourquoi, comment se fait-il que même lorsque nous n’avons rien d’autre à faire que d’écrire, nous n’y parvenions pas ? 

Parce que lorsqu’on écrit, on se retrouve seul avec nous-mêmes. La plupart du temps, lorsqu’on écrit, ou, plutôt avant même d’écrire, on pense à ce qui va se passer après. Nous n’avons pas posé encore nos mots que nous nous demandons déjà s’ils seront appréciés, si on comprendra notre texte, si on arrivera au bout de ce livre, s’il sera publié, où, quand, comment, si on arrivera à vivre de l’écriture, etc., etc., etc. On se pose parfois aussi des questions plus terre à terre : comme l’orthographe d’un mot, ou quelle concordance de temps utiliser, est-ce que je dois répartir mon livre en plusieurs chapitres ou, non… bref, on se pose beaucoup trop de questions ? Et lorsqu’on ne pense pas au futur, on pense alors au passé.

Si on a commis l’erreur de relire trop tôt un texte alors que nous n’étions pas allés au bout du premier jet, on peut se retrouver à faire un blocage, à juger ce qu’on a écrit et trouver cela mauvais et avoir peur d’écrire à nouveau. Et si l’on a été au bout d’un manuscrit et qu’on a eu que des retours négatifs, ou si on a réussi à être publié, mais que les résultats n’ont pas été à la hauteur de nos attentes, là encore, on peut se laisser facilement happer par la peur de ne pas être capable de faire mieux. Et donc de se laisser aller à penser à tout cela une fois le moment venu d’écrire.

 
Toutes ces pensées sont des petits cailloux qui se présentent sur notre chemin et qui font qu’on rechigne dès le départ à prendre cette route si notre cerveau la juge difficile. 

On refuse d’écrire parce qu’on voit tous les obstacles qu’on les anticipe avant même qu’ils ne se produisent. On refuse d’écrire parce qu’on repense à tous les cailloux sur lesquels on a déjà marché et à la douleur ressentie et on n’a aucune envie de s’y exposer à nouveau.

Et c’est normal, c’est dans notre nature. Nous sommes continuellement entrain d’osciller entre passé et futur. Dans notre vie plus généralement et a fortiori dans l’acte d’écrire avec l’objectif de partager ces écrits. Comment tromper notre cerveau alors ? Comment le hacker et l’obliger à se concentrer sur l’instant présent et nous permettre d’écrire ? Si tu as écouté l’épisode de la semaine dernière, tu as déjà un premier outil en ta possession. Tu sais maintenant qu’elle est l’importance de savoir pourquoi on écrit et pourquoi on veut écrire un livre. Car si tu connais la raison pour laquelle tu écris, pourquoi c’est important pour toi de le faire et d’aller jusqu’au bout, tu peux à chaque fois que tu vois l’un de ces cailloux sur ton chemin, te rappeler cette raison et t’y accrocher pour accepter de marcher sur ce caillou. 

Mais le savoir ne suffit pas. Il faut aller plus loin, car notre cerveau a beau savoir par exemple que faire du sport, c’est bon pour la santé, ce n’est pas pour autant que cela suffira pour nous motiver à en faire si on déteste ça. Il faut entraîner notre cerveau, le préparer et l’encadrer et tout faire pour qu’il reste dans l’instant présent.

 
C’est là que la méditation peut t’aider. 

J’ai commencé à méditer en 2015 pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec l’écriture. Mais lorsque j’ai décidé d’écrire un livre et de le publier, je me suis rendue compte à quel point cela pourrait m’aider. Et cela a effectivement été le cas. Méditer n’est pas le seul outil qui m’a permis de donner vie à mon recueil au-delà de nos maux, mais je pense que j’aurais mis bien plus de temps pour y parvenir si je n’avais pas l’habitude de méditer depuis plusieurs années. 

Alors, toi qui m’écoutes, je ne sais pas si tu as déjà médité, si tu as essayé, si tu y parviens ou non. Je vais partir du postulat que ce n’est pas le cas et prendre quelques minutes rapidement pour t’expliquer le principe, mais surtout comment moi je l’utilise dans mon processus d’écriture ? 

Souvent j’entends des personnes me dire qu’elles ne parviennent pas à méditer parce qu’elle n’arrive pas à s’arrêter de penser. Méditer, ce n’est pas arrêter de penser, c’est tout l’inverse : c’est parvenir à se rendre compte qu’on pense. C’est se rendre compte qu’on s’est laissé entraîner par une succession de réflexions qui parfois n’ont ni queue ni tête, qu’on soit parti dans l’anticipation, ou dans la frustration au lieu de se concentrer sur ce qui se passe maintenant, à l’instant, à la seconde actuelle. 

Méditer, c’est s’entraîner à se rendre compte des moments où nous sommes entraînés par notre flot de pensées et être capable ensuite de les laisser… passer. Il y a une image qui m’a beaucoup aidée et qui m’aide encore en réalité, c’est l’image de la cascade. J’associe la cascade à mon flot de pensée et mon objectif, c’est déceler le moment où je suis passée de ma position de derrière la cascade à en dessous. Du moment où je suis passée du stade d’être sec à celui d’être mouillée parce que je me suis laissée attirer par la cascade au lieu de continuer à la laisser couler. 

Quel est le lien avec l’écriture ? 

Premièrement, lorsque toutes ces questions, toutes ces peurs liées au fait d’écrire, les frustrations, les émotions de peurs ou de frustrations qui donnent naissance à des pensées négatives qui elles-mêmes, me donnant mille et une raisons de ne pas écrire, me submergent, grâce à la méditation, eh bien je parviens à identifier ce qui se passe, à les confronter et à les faire taire. Avec la méditation, je me prends conscience du moment où le mécanisme se met en place et je parviens à l’arrêter.

Deuxièmement, la méditation diminue le stresse, régule le rythme cardiaque, booste la créativité et augmente la concentration. Tu peux également méditer avant d’écrire. Pourquoi ? Parce qu’ainsi tu prépares ton esprit en l’apaisant, en le mettant dans des conditions favorables à l’écriture. Comment procéder alors ? Chacun à sa manière de méditer, j’en ai moi-même plusieurs. Mais aujourd’hui je te parlerai de celle que je fais en association avec la visualisation. 

Dans l’épisode 1 du podcast, nous avons parlé de l’importance de savoir pourquoi on souhaite écrire un livre. Tu peux écrire cette raison : ce pour quoi tu veux écrire un livre et le mettre de manière bien visible dans ton espace d’écriture. Cela peut paraître bête ou inutile, mais ça ne l’est pas. Regarder à chaque fois la raison pour laquelle tu écris va agir comme un leitmotiv. La répétition est aussi une manière de tromper notre cerveau et de l’habituer à faire quelque chose qu’il n’a pas envie de faire. 

Mais cela n’est pas suffisant. Notre cerveau aime les récompenses, car elles sont associées au plaisir et généralement, il choisira toujours la route menant le plus rapidement possible au plaisir. 

Or dans le processus d’écriture, si la récompense est la publication de ce livre, si c’est la raison pour laquelle tu écris, eh bien, ce n’est pas un plaisir immédiat. Il faut donc arriver à créer des récompenses plus petites, plus rapides, dont ton cerveau, dont, toi, tu pourras te satisfaire rapidement. Si tu te fais des sessions d’écriture, tu peux par exemple te dire, OK j’écris 30 min ou 1 h aujourd’hui et après j’irai lire ce livre qui me passionne ou regarder un épisode de cette série que j’adore en ce moment. Obtenir une récompense rapidement t’aidera donc à te mettre à écrire.

Mais cela n’est toujours pas suffisant et c’est dans cette 3e étape que la visualisation combinée à la méditation est intéressante. 

Visualiser quelque chose consiste à activer l’ensemble de tes sens par rapport à cette chose. Par exemple, si l’une de tes récompenses est le fait de lire ton livre préféré du moment, tu peux le visualiser. En te rappelant la texture, l’odeur de ce livre. La sensation de l’avoir dans tes, mais, de celle d’être installé.e dans ton coin lecture, de celle du plaisir que tu prends a avancer dans l’histoire. Tu peux te rappeler de la couverture du livre, du goût de la boisson que tu bois quand tu lis, ou encore de l’odeur du parfum d’ambiance que tu mets. Bref tu l’auras compris, l’idée est de faire appel à ta mémoire pour te repositionner dans le contexte dans lequel tu es lorsque le plaisir de lire ce livre te submerge. Et une fois que tu y es, tout l’enjeu est de basculer cette sensation de plaisir à l’instant présent alors que tu t’apprêtes à écrire.C’est en méditant que, moi, je parviens à faire cela.

Si je décide de méditer avant d’écrire et que j’ai défini la récompense que j’aurais une fois que cela sera fait, je me plonge dans cet état de bien-être et je m’y accroche tout au long de ma session d’écriture. Grâce à la méditation, je me concentre sur ce qui se passe maintenant, sur le simple fait — et je mets de gros guillemets au mot simple — de laisser les mots couler sans jugement, comme je laisse mes pensées défiler… sans jugement également. Et la plupart du temps cela fonctionne. Aussi, pour les jours où, malgré tout cela, écrire est la dernière chose que j’ai envie de faire ou pour les jours où les cailloux se changent comme par magie en montagne, eh bien… j’ai encore d’autres astuces dans ma boîte à outils pour écrire et arriver à prendre le dessus sur la part de mon être qui cherche par tous les moyens à fuir.

En effet, il existe encore d’autres outils pour hacker son cerveau. Aujourd’hui j’ai choisi de te parler de la méditation, de la visualisation pour écrire. Mais d’une part, la méditation et la visualisation ont d’autres bienfaits encore sur l’écriture. D’autre part, il existe pléthore d’outils pour parvenir à hacker son cerveau et écrire lorsqu’on a décidé de le faire. Cela fera l’objet d’autres épisodes. Mais si la curiosité est trop forte, tu peux retrouver quelque un de ces outils sur mon site mahunapoesie.com c’est aussi, là, que tu trouveras le workbook créativité, que tu peux télécharger gratuitement. Il comporte 45 outils pour t’aider à commencer à écrire et à écrire tous les jours.

Si tu es allé. e jusqu’au bout de ce podcast, que tu t’es reconnu. e dans ce qui a été dit, je serai heureuse d’avoir tes retours. Et si ce n’est pas le cas, que tu procèdes différemment ou que tu as des questions, sens-toi aussi libre de me les poser. 

En attendant le prochain épisode, tu peux rejoindre la communauté d’écrivains en t’inscrivant à la newsletter l’Essentiel. Tu recevras des outils pratiques pour t’aider à donner vie à ton projet d’écriture et construire ta vie d’auteur.

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