Je suis Mahuna Vigam, poétesse, romancière et podcasteuse. Je parle de ma vie d’autrice, de représentation, d’invisibilisation et de déconstruction dans l’édition. Mon roman « Comète » sera publié chez Solleyre en novembre 2026. C’est un roman YA contemporain sur la quête identitaire à travers la fin du culte du silence et des traumas transgénérationnels, sur fond d’amour, d’amitié et de pardon.
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Hello. J’espère que vous allez bien malgré les températures incendiaires qu’on connaît en ce moment. Hydratez-vous, prenez soin de vos proches.
Cet épisode suit un fil conducteur, donc je ne vous conseille pas de sauter d’une partie à une autre, même si je sais que le temps manque. Il n’est pas très long, mais je pense qu’il vaut la peine d’être écouté ou lu en entier.
Ce que j’ai compris de ma fatigue (à partir de 01:13)
Je me suis rendu compte que j’étais déjà épuisée, d’une certaine manière, alors que mon livre n’est pas encore sorti. Ce n’est pas une fatigue ordinaire, pas le genre « j’ai trop bossé ce trimestre ». C’est plus profond, plus installé. J’ai essayé de comprendre si ce que je vivais avait un nom.
Le premier : la racial battle fatigue, théorisée par William A. Smith. Un épuisement psychologique et physiologique qui vient du fait d’exister dans un monde qui agresse en continu, de manière subtile, institutionnelle, au quotidien. Pas une violence spectaculaire, mais l’accumulation. La vigilance permanente. Le fait de devoir sans cesse évaluer ce qui vient de se passer, se demander si c’est raciste, si ça vaut la peine d’en parler, si on va être cru. Ce switch constant entre soi et le regard que le monde pose sur soi.
Le deuxième : le burn-out militant, documenté par Gorski et Chen. L’idée que dans le militantisme, on mesure l’engagement à l’aune du travail émotionnel fourni. Et que si on s’effondre, si on dit qu’on est à bout, on est regardé·e bizarrement, parce que le militantisme est censé être désintéressé. On n’a pas trop le droit d’être épuisée quand le sujet est important. Et c’est exactement le piège.
Moi, je publie un roman sur des thématiques qui me tiennent à cœur. Je parle de représentation sur Instagram. Et en même temps, j’ai un emploi salarié où je range une partie de moi dans un tiroir en arrivant le matin, parce que les deux mondes ne peuvent pas coexister. Ce phénomène a aussi un nom : le code switching, documenté chez les personnes racisées, les personnes LGBTQIA+, les personnes en situation de handicap. Le fait de devoir adapter, moduler, modifier son langage, son comportement, parfois jusqu’à sa personnalité, selon l’espace où on se trouve pour ne pas subir de conséquences.
Dans mon cas concret : dans ma vie d’autrice, j’écris en écriture inclusive aussi souvent que je le peux. Ce n’est pas une posture, c’est une conviction. La neutralité au masculin n’a jamais existé. Point. Mais dans un mail professionnel, dans un contexte institutionnel, c’est impossible. Pas parce que mon employeur s’y opposerait forcément, mais parce que j’écris à des clients à qui je vends une solution, qui n’ont rien demandé, et faire ce choix serait prendre position. Donc je fais autrement. Et mon militantisme reste dans le tiroir.
C’est Arlie Hochschild qui avait théorisé cette fatigue cognitive et émotionnelle liée au fait de devoir adapter en permanence son expression à un contexte qui ne correspond pas. Et quand ce switch touche des pratiques militantes, il y a une dissonance supplémentaire entre ce qu’on défend publiquement et ce qu’on fait concrètement dans d’autres espaces de sa vie. Cette dissonance, il faut la gérer. Et elle épuise aussi.
L’image qui m’est revenue, c’est Clark Kent au bureau et Superman dans ma vie d’autrice. Sauf que Clark reste une figure de pouvoir et de privilège, et ce que je vis, c’est du concret, c’est politique. C’est encore une forme de double conscience, parce que je me vois à travers le regard d’une société qui ne me reconnaît pas comme étant entière, et je dois habiter deux entités pour tenter de les réconcilier. C’est ce que W.E.B. Du Bois théorisait dans The Souls of Black Folk. Rien de nouveau. Il y a quelque chose de rassurant à savoir que ça a déjà été nommé, contextualisé. Et quelque chose de profondément frustrant à réaliser que ça n’a pas changé, puisque certaines de ces théories remontent à 1903.
La littérature académique couvre le code switching au travail, la racial battle fatigue, le burn-out militant. Mais elle ne couvre pas le cas de l’autrice racisée, engagée sur la représentation dans l’édition, qui doit en même temps naviguer ce code switch dans son emploi du temps réel. C’est mon quotidien. Et il n’y a pas encore de carte pour ça. Peut-être qu’un jour quelqu’un prendra le temps de le théoriser. Je me le garde en tête.
Désenchantée, mais pas défaitiste (à partir de 09:47)
Oui, je suis désenchantée avant même que mon livre sorte. Pas parce que je ne crois plus en ce que j’écris. Mais parce que je comprends de mieux en mieux dans quoi je mets les pieds, et qu’il n’y a pas encore de carte pour naviguer avec ça.
Mais le désenchantement a une puissance particulière : il force à prendre conscience de la réalité, à chercher des alternatives, des outils pour continuer d’agir malgré tout.
Et l’un de ces outils, c’est se rappeler de ce qui a été fait. Une amie autrice me l’a rappelé récemment. Elle m’a remis face à l’enjeu réel, au-delà du désenchantement systémique de l’édition. Elle m’a rappelé que j’ai réussi à faire sortir un livre qui ne parle ni de racisme ni d’esclavage, écrit par une personne noire française, dans ce contexte politique qu’on connaît. Un livre qui aborde des sujets qui touchent toutes les familles, en particulier les familles afrodescendantes et de la diaspora afro-caribéenne, mais pas seulement, et qui est contemporain dans ses thématiques. Ce n’est pas rien. Et c’est important que je me le rappelle.
Elle m’a aussi rappelé que j’appartiens maintenant à quelque chose. J’ai rejoint cette littérature noire française, si petite, aussi fine qu’une peau de chagrin, mais qui existe. Et que c’est le début de quelque chose.
Elle m’a dit aussi : aller au-delà de tout ce bruit, de ce désenchantement, des conditions politiques dans lesquelles ce livre va sortir, et mettre de la joie. Elle est d’ailleurs co-autrice d’un ouvrage sur la joie que j’ai acheté il y a deux mois et que je vais enfin prendre le temps de lire. Je vous en parlerai.
Juin m’a rincée (à partir de 13:37)
La reprise du CDI a été bien plus énergivore que je l’avais anticipé, même si tout se passe très bien et que j’en suis vraiment contente. Merci à toutes les personnes qui m’ont envoyé des messages de soutien, qui ont pris le temps de demander comment ça s’était passé. Ça me touche beaucoup. Et merci aussi pour tous les messages d’anniversaire, c’était le 21 juin. J’avais lancé un jeu concours ce jour-là, il s’est terminé hier pour celles et ceux qui sont sur la newsletter, vous aviez été notifié·es depuis le mois dernier.
Malgré le désenchantement, malgré l’épuisement, tout ça participe à me permettre de continuer. Donc merci. Vraiment.
Je ne suis pas Hercule. Je ne suis pas Clark Kent. Mais à mon échelle, je pense que je vais y arriver. Mener ces deux vies de front. Ça ne fait que trois semaines, c’est peu pour faire tous les ajustements nécessaires. Mais j’ai confiance.
Comment ? En ralentissant. Encore. Toujours. On n’en finit jamais, en réalité.
Le repos comme acte de résistance (à partir de 15:14)
Lors du dernier book club de l’association Overbookées, on a reçu Isis Labeau Caberia, dont je vous ai déjà parlé. Elle a rappelé quelque chose d’essentiel : le repos est une arme de résistance.
Tricia Hersey, fondatrice du Nap Ministry, avait théorisé ça en 2016. L’idée que nous ne nous reposons pas pour être productives, nous nous reposons simplement parce que c’est notre droit. Et elle va plus loin : le repos dans sa forme la plus simple devient un acte de résistance et une reconquête du pouvoir, parce qu’il affirme notre humanité la plus fondamentale.
Isis l’a conclu ainsi : peut-être que le monde ira mieux lorsque les femmes noires auront enfin droit au repos.
Si vous ne comprenez pas pourquoi cette phrase est importante, je vous renvoie à tout le contenu que je partage sur Instagram et sur ce podcast. Les femmes noires sont à la croisée de toutes les discriminations et de toutes les luttes. Et les femmes noires ne se reposent pas. Ça vient de l’époque de l’esclavage, a minima. Et ça se traduit dans toutes les strates de notre société aujourd’hui.
Je vais donc partir en vacances une semaine après mon séminaire d’entreprise de trois jours, qui va sans doute aussi me mettre KO. Je vais me forcer à ralentir, laisser mon cerveau en jachère, juste prendre des notes quand des idées vont surgir parce que ce serait dommage de les laisser filer. Et je vais être cette autrice noire qui jongle entre deux vies dans un contexte politique qui se dégrade, dans une industrie qui ne nous facilite rien, et qui choisit quand même le repos. Pas comme une forme de passivité. Comme un acte nécessaire pour continuer.
Le tapis MAHOLA, mon objet totem (à partir de 17:05)
J’avais promis un update sur le tapis de yoga Mahola. Le voilà.
Je l’aime vraiment. Sans doute parce qu’il est fait main, unique, avec une matière qui se sent sous les doigts. Et sans doute parce que je l’ai choisi pour ses valeurs, qui résonnent avec les miennes. La marque travaille avec du coton biologique tissé à la main dans une logique de réduction d’impact sur la biodiversité tout au long de la chaîne de production. Ils investissent dans des projets de reforestation et de restauration des habitats. Leurs engagements sociaux sont réels : conditions de travail équitables, soutien aux communautés locales avec un focus sur l’Inde notamment. Et la marque est co-créée par une personne d’origine indienne. Ce n’est pas du greenwashing de façade, c’est une démarche cohérente de la culture du coton jusqu’à l’atelier.
Ce tapis va être mon objet totem pour me rappeler que le repos est un acte de résistance. Que prendre ce repos, mettre de la joie dans mon quotidien, aller sur ce tapis pour faire des étirements, méditer, visualiser, ou juste être là à ne rien faire, c’est aussi ma forme de militantisme. Et la manière dont je vais aller chercher l’énergie dont j’ai besoin pour tout ce qui arrive.
Le repos n’est pas une faiblesse. C’est un outil.
Si vous avez envie de tester, il y a en ce moment des soldes sur leur site et j’ai un code promo à votre disposition dans les notes de l’épisode : MAHUNAYOGA, moins 10% sur leur site. Code d’affiliation, donc je reçois aussi une commission sur les achats. Je ne vous oblige à rien, mais comme je vous l’ai dit il y a quelques mois, c’est important pour moi de parler de ce que je mets en place pour prendre soin de ma santé mentale et physique, en particulier en tant que femme noire racisée avec l’endométriose. Si parmi vous il y a d’autres femmes racisées qui jonglent entre plusieurs vies, j’espère que tout ça peut être un début de réflexion, selon votre budget, votre temps, vos envies.
Nouvelles lectures et deux nouveaux projets (à partir de 21:08)
J’ai ajouté de nouvelles lectures dans ma liste de recommandations d’autrices et auteurs racisé·es sur mon site. J’ai lu de nouveaux ouvrages en juin et je compte bien profiter de cette semaine de vacances pour lire comme jamais, essayer de redevenir cet enfant de 10 ans qui lisait 10 livres par semaine. En juillet il y aura beaucoup plus de recommandations que d’habitude, surveillez la liste.
Et avant de terminer, une petite exclusivité : je vous ai déjà dit que j’avais signé un quatrième contrat d’édition. Je vous donne maintenant les noms de code de mes projets en cours.
Projet Pichoun : un outil pour tous, qui aborde un sujet tabou.
Projet Mangue : une romance au lycée. Une vraie romance.
L’un des deux est déjà sous contrat. Je ne vous dis pas lequel. Et pour l’autre, je vous en dis plus bientôt.
Bon mois de juillet. Prenez soin de vous, de vos proches, de votre santé mentale, émotionnelle et physique. Hydratez-vous. Et mettez du repos dans votre quotidien. C’est important.
À très vite.
Mahuna
PS : la newsletter est gratuite mais vous pouvez me soutenir à hauteur de vos envies ici
Sources : Tricia Hersey, Rest is Resistance : A Manifesto, Little, Brown Spark, 2022. William A. Smith (2003), Racial Battle Fatigue ; Gorski & Chen (2015), Frayed All the Way ; McCluney et al. (2021), HBR ; Arlie Hochschild (1983), The Managed Heart ; W.E.B. Du Bois (1903), The Souls of Black Folk.
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